Liens de famille

Traduction : Jacques et T. Thiériot
Editeur : Des Femmes
Nombre de pages : 216
Date de parution : 1989
Langue : français
ISBN : 9782721003843
Prix :

17,75

Description :

Une femme dans un restaurant, un aveugle dans un jardin public, un repas de famille... Voilà autant de micro événements, qui, sous leur apparente banalité, surgissent dans la vie d'Ana, de Maria et des autres et déclenchent un véritable cataclysme intérieur : l’angoisse, la haine, la perte de soi...

Voici une galerie de personnages saisis, tous oscillant sur un fil précaire qui surplombe l'abîme. Une jeune portugaise se languit dans la chaleur de Rio, une femme est soudain bouleversée par un aveugle entr’aperçu, une autre se perd en contemplant l'insoutenable beauté de petites roses sauvages, une adolescente seule marche, terrorisée, dans les rues désertes du petit matin, une autre regarde par la fenêtre, tard dans la nuit, un jeune écolier a besoin d'argent. Et, parallèlement, miroirs et reflets des humains, des animaux auxquels l'homme prête une âme et qui sont des êtres : une poule, un chien, un buffle. Entre l'animalité et l'humanité, une femme pygmée — la plus petite chose du monde —, dont la photo éveille des fantasmes cruels dans les foyers, jusque chez les membres de la famille, qui ont résisté à tant de déceptions, de catastrophes, de deuils et de rancœurs, comme l'aïeule qui fête ses quatre-vingt-neuf ans, ou le vieux qui mange seul au restaurant, et qui ne sont plus que cette puissance, cette destruction, cette ruine.
Tous ont en commun de porter le poids d'une faute, d'une honte, d'une trahison, ou la tentation de la pitié, de l'amour, et d'être en tout cas en manque : d'argent, de tendresse, d'infini, d'un simple mot peut-être, qui permettrait de dénouer ces " liens " qui les ligotent au lieu de les unir.
Pour chacun d'eux, le problème de la survie, même précaire, prime tout. Manger plutôt qu'être mangé, pour pouvoir mourir le plus tard possible, telle est la leçon implacable qui fait l'unité de ce recueil.
Choisissant la forme ramassée du conte ou de la nouvelle, Clarice Lispector a aussi trouvé l'intensité, l'acuité de chaque trait se répercute de part en part dans ce qui apparaît finalement comme un véritable roman. A chaque instant, la violence latente sourd, les regards se croisent comme des épées au cours des repas de famille ou dans la rue, avec les mêmes pulsions, les mêmes mouvements tétaniques de répulsion ou de haine, d'angoisse ou d'effroi, masqués par les convenances. L'écriture permet, elle, de rompre avec le convenu et de percer la vérité sous les masques.
Les liens de famille sont un kaléidoscope où, de crainte de sombrer dans le vertige, les êtres se replient au sein de la famille. La révélation n'aura été qu'un fugitif éclair. Mais, cette révélation, Clarice Lispector, avec son regard cruel et attendri, ironique et tragique, la surprend et la livre dans un pétillement d'humour.


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