Le père

Traduction : R. Hime et C. Hugon
Editeur : Eulina Carvalho
Nombre de pages : 110
Date de parution : 2002
Langue : français
ISBN : 9782910292096
Prix :

15,50

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Description :

Le père est présenté comme un roman, mais il a tout d’une autobiographie : la première personne du récit, la coïncidence de l’auteur et du narrateur, et les accents de vérité. Aucun parti pris fictif décelable, au point que la forme romanesque affichée en page de titre devient une énigme. Mais une illusion peut en cacher une autre. Le lecteur s’attend peut-être à des révélations sur Euclides da Cunha et sa disparition, puisque Dirce de Assis Cavalcanti est la fille de son meurtrier. Or le livre, s’il aspire à réhabiliter une figure paternelle passablement accablée par son geste et ses retombées, livre surtout les états d’âme d’une fille qui n’apprit qu’à onze ans, incidemment, dans la cour d’école, que son père avait tué un monument de la littérature. C’est donc le dur chemin d’une vérité, d’abord cachée, puis brutalement découverte, et enfin lentement élaborée que raconte ce «roman familial». O Pai, paru en 1990, ajoute néanmoins sa pierre à une descendance féconde, comme si le conflit opposant un mari bafoué et l’amant de sa femme se transmettait de génération en génération. Il faut dire, pour la petite histoire, que la «tragédie de Piedade» n’a rien à envier aux modèles grecs : le lieutenant Dilermando de Assis, responsable de la mort d’Euclides alors que l’écrivain était venu armé à son domicile, le 15 août 1909, pour «tuer ou mourir», épousera finalement sa maîtresse Anna, avec qui il aura au total huit enfants mais dont il tuera un garçon du premier lit, Quindinho, soucieux de venger son père. Dilermando sera innocenté dans les deux cas, au nom de la légitime défense, et finira même général. Mais la célébrité de la géniale victime, ajoutée à l’opprobre de l’adultère (compliqué d’un second abandon, quand Dilermando quitta Anna pour se remarier à la jeune Marieta, mère de Dirce), sera plus forte que les décisions de justice et légitimera une solide rancœur. Plus tard, dans Anna de Assis (Codecri, 1987), Judith Ribeiro de Assis, assistée du journaliste Jefferson de Andrade, prendra la défense de sa mère et incriminera la rigidité morale et la cruauté d’un Euclides «déséquilibré» et neurasthénique. Il aurait, selon elle, causé la mort d’un premier bébé adultérin, Mauro. Faux, répond Joel Bicalho Tostes, marié à une petite-fille de l’auteur des Sertões, et dont le témoignage fut rapporté par Adelino Brandão dans Águas de amargura (Rio Fundo editora, 1990) : la mort de Mauro tiendrait d’une maladie congénitale… Le Père a le mérite de ne pas faire de surenchère sur ce terrain, qui n’apporte pas grand chose à la gloire d’Euclides non plus qu’à son éventuel déboulonnage littéraire. Le livre se concentre, au contraire, sur la poursuite d’un dialogue sensible entre une fille et un père, interrompu par la mort de ce dernier alors que les relations entre eux n’étaient pas encore pacifiées. (Info Brésil, n° 186, déc. 2002)


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