Magellan jusqu’au bout du monde (BD)

Auteur :
Editeur : Glénat
Nombre de pages : 56
Date de parution : 2012
Langue : français
ISBN : 9782723481977
Prix :

14,95

Description :

L’avis de Michel Chandeigne (Xavier de Castro)

Voici une bande dessinée sur le voyage de Magellan extrêmement réussie, la première dans le genre, qu’il faut saluer. Les illustrations sont remarquables, le soin porté aux détails également et le scénario très bien construit. Un dossier historique de huit pages sur l’expédition – malheureusement grevé d'erreurs –  conclut l’ouvrage.

La narration, bien documentée, se veut très réaliste, mais elle est avant tout une fiction en développant de manière assumée trois thèses, démenties par les documents et la plupart des historiens, mais qui exploitent intelligemment et consciemment plusieurs zones de pénombre concernant le voyage de Magellan. Sans dévoiler les ressorts du récit, ces dernières concernent :
• La volonté de Magellan de réaliser un tour du monde.
• Le rôle d’El Cano, central ici, qui ne fut pas aussi noir ni criminel.
• La mort de Magellan.

L’objection principale concerne une idée reçue, bien ancrée depuis un siècle et demie, et que la présence dans ce type d’ouvrage destiné à la jeunesse va malheureusement pérenniser encore davantage. Dans la préface, on lit en effet qu’à l’époque de l’inquisition espagnole « déclarer que la Terre était ronde était une hérésie passible de mort », affirmation renforcée dans le dossier historique : « L’Église décida […] que la Terre, centre de l’univers, devait être plate et finie, interdisant toute idée d’un monde rond ». Il n’en est rien, au contraire. Encore une fois, on confond le procès fait en plein XVIIe siècle à Galilée, qui défendait l’héliocentrisme, et les idées fausses sur le prétendu obscurantisme de l’Église au Moyen Äge, répandues par les campagnes anticléricales au XIXe siècle. Cf. l’article sur ce sujet dans l’ouvrage Sur les traces de Colomb et Magellan. Idées reçues sur les Grandes Découvertes (La Cavalier Bleu, 2011, p. 21-30)

Une autre idée reçue avancée par la BD a pour origine le Magellan de Stefan Zweig paru en 1938 : l’esclave malais Henrique aurait été le premier homme à effectuer le tour du monde, en deux fois. Rien ne prouve que cet homme originaire de Sumatra, se soit rendu aux Philippines avant d’avoir été ramené par Magellan en Europe en 1513. Cf. l’ouvrage cité ci-dessus, p. 143-144.

On pourrait signaler quelques imprécisions de détails, mais elles ont peu d’importance. On regrette cependant que le dossier historique ne signale ni ne tienne compte de la carte du monde préparatoire au voyage, dessinée par Jorge Reinel en 1519 (Le voyage de Magellan, 2e éd. 2011, p. 276-277), qui montre que la conception du monde et des dimensions du Pacifique par les Luso-Espagnols étaient dès cette date extraordinairement justes à quelques degrés près, certes quelques degrés qui vont tout changer…

Michel Chandeigne


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